Intégrer l'intelligence artificielle dans ses processus marketing, c'est une décision que de nombreux dirigeants de PME et d'ETI B2B envisagent aujourd'hui. Mais entre les articles qui annoncent “la révolution IA”, les tutoriels miracles qui fleurissent sur LinkedIn et les prestataires qui vendent des solutions clés en main, difficile de savoir ce qui fonctionne vraiment.
Le risque ? Investir du temps et de l'argent sans prérequis, et repartir avec des résultats décevants.
C'est précisément pour répondre à cette problématique que Digital Passengers et Values Media ont co-organisé la première édition de l'IA Day : six intervenants, des retours d'expérience chiffrés et des limites assumées. La tonalité a été posée dès l'ouverture par Jérôme Badie, directeur des contenus de Values Media : “Ceux qui vous vendent des solutions évidentes pour résoudre tous vos problèmes en quelques minutes vous mentent.”
Ce que cet article restitue, c'est la substance de ces échanges : huit enseignements pour tout décideur qui réfléchit à sa stratégie IA en 2026.
En résumé
- L'IA génère des gains de productivité réels, mais ciblés : ils concernent les tâches administratives et répétitives, pas la réflexion stratégique.
- Le GEO (Generative Engine Optimization) s'impose comme un nouveau levier de visibilité : les IA construisent une image de votre marque en ce moment, avec ou sans votre accord.
- La supervision humaine reste non négociable dans tous les cas documentés lors de l'événement, que ce soit pour le contenu, le SAV ou la création publicitaire.
1. Les gains de productivités grâce à l'IA existent (mais pas là où vous les attendez)
Sébastien Mathivet, Directeur Conseil, Ingénierie Culturelle et Numérique de Cap Sciences, a ouvert l'événement avec l'exemple le plus concret de la soirée. Cap Sciences répond régulièrement à des appels d'offres publics, un exercice très formalisé, qui peut atteindre 165 pages de proposition et mobilisait jusqu'à deux mois de travail. Avec l'IA, l'organisation est passée à deux semaines. Non pas parce que l'IA a pensé à leur place, mais parce qu'elle a pris en charge tout ce qui entourait la réflexion : mise en forme, structuration, vérification des conformités, reformulations.
La nuance est essentielle : “La réflexion créative, la proposition de valeur, le dispositif scénographique ; ça, c'est toujours nous.”
Ce gain de temps a eu un impact business direct : Cap Sciences peut désormais candidater à des marchés auxquels l'organisation ne pouvait tout simplement pas répondre avant, faute de ressources. C'est une illustration claire de ce que l'IA fait bien : absorber la charge administrative à faible valeur ajoutée pour libérer de la capacité sur ce qui compte.
Pour un directeur marketing ou un responsable commercial en PME, l'enjeu est le même : identifier précisément où l'IA peut absorber de la charge sans dégrader la qualité stratégique.
2. Sans prérequis solides, aucun outil IA ne délivre
Chez Yooji, le point de départ n'est pas l'IA. C'est un objectif business : doubler le chiffre d'affaires à horizon 2028, sans doubler les équipes. Une ambition qui force une question organisationnelle que beaucoup esquivent : comment absorber cette croissance en gardant son agilité ?
La réponse de Nicolas Mermin, Directeur Digital, E-commerce et Systèmes d'Information, n'a pas été de chercher un outil. C'a été de regarder l'existant. L'audit interne est sans appel : chaque vertical métier fonctionne en silo, Excel est omniprésent, et le back-office a été sous-équipé au profit de la croissance commerciale. Le gisement de productivité le plus accessible est immédiatement identifié : les tâches de reporting récurrentes, à faible valeur ajoutée, qui consomment du temps sur toutes les équipes.
L'objectif est inscrit dans le plan stratégique : moins 30 % de charge opérationnelle sur le reporting. C'est seulement à partir de cette cartographie que N8N, une plateforme d'automatisation intégrant nativement les LLM, est identifié comme l'outil adapté au contexte de Yooji.

Ce cheminement illustre exactement ce que Nicolas Mermin a formulé devant la salle :
"L'IA n'est pas la réponse systématique à un problème de productivité. C'est la structuration de la donnée et la clarté des usages qui sont les vrais prérequis, et personne n'en parle. Si tu n'as pas une bonne connaissance de tes process, si tu n'as pas les utilisateurs qui vont pouvoir contribuer au déploiement, et si en plus tu n'as pas les outils ouverts et en maîtrise ; sans ça, tu ne feras rien."
3. La dépendance aux outils IA est un risque stratégique sous-estimé
Pendant la soirée, Sébastien Mathivet a soulevé un angle que peu d'articles sur l’intelligence artificielle abordent. Son alerte est pourtant concrète et documentée :
"Ce sont quatre ou cinq grandes entreprises qui décident demain matin si votre forfait à 20 euros devient 200, puis 4 000 dollars par mois. Et ça arrive déjà : des fonctionnalités entières qui migrent vers les paliers supérieurs, des limites de tokens qui s'imposent en pleine journée de travail, un workflow qui s'arrête à mi-chemin parce qu'il a consommé son quota."
La réponse de Cap Sciences à ce risque a été de construire sa propre interface : CapIA, branchée sur le modèle Mistral, avec des données hébergées en Europe et une configuration garantissant zéro rétention des conversations.
L'organisation a structuré l'accès en trois niveaux :
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80 % des collaborateurs pour les besoins courants (rédaction, synthèse, reformulation),
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15 % pour les usages plus spécifiques,
-
et 5 % pour les profils techniques qui construisent des flux et des automatisations.
L'objectif : ne pas déployer une licence à 100 euros par mois par personne sur 80 collaborateurs, et garder la capacité de changer d'outil sans tout reconstruire.
Pour les PME et ETI qui réfléchissent à leur stratégie IA, cette logique de modularité et de portabilité est une variable de décision souvent ignorée au moment du choix des outils.
4. Si vous faites du SEO, vous avez déjà les bases du GEO
Marc Noël, co-fondateur de Digital Passengers, a structuré la méthode GEO en trois axes avec un parallèle direct avec le SEO classique : technique, contenu, netlinking. Ce cadre a l'avantage d'être compréhensible pour tout responsable marketing qui a déjà travaillé le référencement naturel.

Le socle technique : ce que les LLM lisent, et ce qu'ils ignorent
La priorité est de rendre le site accessible et lisible par les LLM :
- éviter le JavaScript pour les contenus critiques (coordonnées, formulaires, informations clés),
- adapter le balisage (données structurées, titres hiérarchisés, tableaux),
- et construire des sections dont les LLM sont particulièrement friands (FAQ, encadrés « En résumé », mentions d'auteur, avis clients).
Le risque schema.org a déjà été évoqué : les métadonnées seules, sans contenu de fond, ne produisent aucun effet durable.
Le contenu : unique, expert et non reproductible
Les LLM valorisent ce qu'ils ne peuvent pas reproduire eux-mêmes : un témoignage client réel, une étude de cas interne, une donnée propriétaire, un point de vue d'expert documenté.
C'est précisément ce type de contenu qui a permis à Digital Passengers d'obtenir un résultat remarquable pour un client pisciniste : Anaïs Torres, experte SEO/GEO de l'agence, a identifié une question de début de tunnel (le coût de la taxe d'aménagement sur la construction de piscines) a revu entièrement la structure de la page, publié un contenu unique, et créé un simulateur développé avec l'aide de Claude.
Dix jours après la publication, le site apparaissait dans ChatGPT, cité aux côtés d'Impôts.gouv et Service-Public.fr.
Les sources qui citent la marque : construire l'autorité perçu par les LLM
Plus des sources de qualité citent une marque, plus les LLM comprennent qu'elle est importante et la valorisent dans leurs réponses. Marc Noël a précisé un point souvent mal calibré en France : Reddit, fréquemment recommandé par des experts anglo-saxons, reste une niche dans l'écosystème francophone. Ce qui pèse réellement :
- Wikipedia,
- la presse régionale (Sud Ouest),
- les médias nationaux (TF1),
- LinkedIn.
La stratégie de présence multi-canal (site, LinkedIn, presse, YouTube) est la meilleure protection contre la dépendance à un seul vecteur d'autorité.
5. Plus de contenu, moins de leads : le paradoxe du contenu IA sans stratégie
Marc Noël a partagé un cas client contre-intuitif qui mérite d'être connu de tout responsable marketing qui souhaite “scaler” sa production de contenu avec l'IA. Un client publiait 4 pages par mois. Avec l'IA, il est passé à 12. Après 5 mois, son audience avait explosé mais ses leads avaient chuté. La raison : le contenu produit était trop haut de tunnel. Les visiteurs arrivaient, lisaient en diagonale, repartaient sans convertir. Il avait gagné du trafic, perdu du business.
"L'IA est un excellent collaborateur dans les mains de quelqu'un qui sait quoi lui demander. Elle ira toujours dans ton sens, elle te dira oui, elle produira quelque chose quoi qu'il arrive. Mais si tu ne sais pas la briefer, ce quelque chose sera creux et parfois contre-productif."
Marc Noël a aussi documenté deux erreurs techniques récurrentes observées chez des clients en phase de démarrage GEO.
- La première : miser sur les métadonnées schema.org seules, sans contenu textuel solide en dessous. “C'est utile, mais seulement si le contenu texte est déjà solide. Le schema.org tout seul ne sert à rien.”
- La seconde : les sites générés à 100 % par IA dont le front est propre mais le HTML bourré de mauvaises pratiques SEO invisibles à l'œil nu.
Ces deux erreurs ont le même effet : un investissement en production qui ne se traduit pas en performance mesurable.
6. Les IA construisent votre réputation en ligne sans vous consulter
“Est-ce que vous savez ce que les IA disent de votre marque en ce moment-même ?” C’est la question que Marc Noël a posé au cours de la soirée en s'adressant aux directeurs marketing présents dans la salle.
Les LLM crawlent le web, absorbent des milliers de sources, et construisent une réponse sur chaque marque avec ce qu'ils ont trouvé. Et c’est bien là qu’est la différence avec le SEO :
"Dans Google, tu apparais dans une liste de dix résultats. Dans une IA, il n'y a pas de liste. Il y a une réponse. Une seule. L'enjeu n'est plus d'être dans les résultats, c'est d'être LA réponse."
Le problème ? Les LLM ne vérifient pas leurs sources. Quand l'information est incomplète ou absente, ils comblent le vide… Parfois correctement, parfois pas. Et si l'IA se trompe sur votre marque, vous ne le saurez pas : aucune notification, rien dans Google Analytics, un trafic perdu en silence.
Marc Noël a illustré ce risque avec un cas concret : une régie de transport proposait à ses utilisateurs de passer par un formulaire de contact en ligne pour traiter les réclamations. Ce formulaire était intégré dans un fichier JavaScript, un format que les LLM ne savent pas lire. Quand un utilisateur demandait à ChatGPT comment contacter l'entreprise, l'IA ne trouvait aucune information exploitable et fournissait à la place les coordonnées d'une autre société portant un nom similaire. Cette société, basée à Mulhouse, recevait depuis des mois des messages qui ne lui étaient pas destinés. C'est elle qui a fini par prévenir l'entreprise concernée.
7. L'IA accélère le SEO (à condition de savoir s'en servir)
En 2023, Yooji réalise un audit de contenus SEO qui identifie ses cocons sémantiques clés autour de la diversification alimentaire. Derrière, plusieurs étapes se succèdent :
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Utilisation du LLM pour extraire les thématiques prioritaires et produire une trame d'article,
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Rédaction humaine par-dessus,
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Passage final au LLM pour intégrer les prérequis techniques SEO.
Une contrainte forte s'applique à chaque contenu : relecture systématique par des professionnels de la petite enfance, et maintien du tone of voice de la marque.
Résultat en moins d'un an : première position sur la requête “bébé 4 mois”, l'âge auquel les bébés démarrent la diversification alimentaire. Un positionnement que Nicolas Mermin qualifie de “Graal” dans son secteur.

8. IA et créations publicitaires : des gains réels sur la vitesse
Betclic, c'est le numéro 1 des paris sportifs en France. Étienne Lamande, Head of User Acquisition, a posé d'emblée la contrainte structurelle qui définit son quotidien : "Les algorithmes ont changé. Ce n'est plus le ciblage qui définit qui va voir nos publicités, mais le contenu de la publicité." Conséquence directe : il faut de la variété dans les concepts, les formats et les angles d'accroche, et une capacité à réagir vite face à l'actualité sportive.
C'est précisément sur ce point que l'IA délivre. "Si on identifie une tendance sur les réseaux, on veut être live le lendemain avec 3 versions de créas, pas dans 1 semaine avec 1 version." Ce gain en vitesse d'exécution est réel et documenté.
Toutefois, deux limites ont été posées sans détour :
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Les contraintes légales d'abord : le bandeau jaune obligatoire en France reste difficile à intégrer correctement par les outils IA.
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Les brand guidelines ensuite, avec "beaucoup de déchets encore" côté déclinaisons.
Et pour absorber ces nouveaux volumes tout en gardant le contrôle, Betclic a ouvert un nouveau profil, le "Stratégiste Créatif", dont la mission est de détecter les tendances, piloter la production IA et valider les décisions créatives. "Je ne cherche pas à remplacer les humains par l'IA. Je cherche des gens capables de piloter l'IA et de prendre les bonnes décisions créatives."
Par où commencer : les 5 étapes concrètes issues de l'IA Day
Les recommandations formulées par Marc Noël en clôture de son intervention donnent un point de départ actionnable pour tout directeur marketing qui souhaite s'y mettre sans se disperser.
La première étape est gratuite et prend cinq minutes : taper dans ChatGPT ou Gemini une question que se pose réellement votre prospect, et regarder ce qui sort. Qui apparaît ? Est-ce votre marque ou celle de votre concurrent ? Est-ce que ce qui est dit est exact ? Selon Marc Noël, “beaucoup de gens dans cette salle vont avoir une surprise.”
Viennent ensuite l'audit des fondations techniques du site, la vérification de la qualité du contenu existant, le travail sur les sources d'autorité qui citent la marque, et enfin la cartographie des requêtes LLM stratégiques du secteur pour monitorer et itérer.
Ce cadre vaut aussi pour les processus internes : avant d'automatiser quoi que ce soit, la logique de Yooji (cartographier, prioriser, tester sur un périmètre limité) reste la plus solide.
Construire une stratégie digitale performante à l'ère de l'IA, c'est avant tout commencer par les bons prérequis : clarté des usages, structuration de la donnée, et choix d'outils pensés pour durer. Pour aller plus loin et évaluer votre maturité sur ces sujets, l'équipe de Digital Passengers propose un diagnostic GEO sans engagement, centré sur vos enjeux réels.
Questions fréquentes
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Retrouvez ci-dessous les réponses aux questions les plus fréquentes. Vous ne trouvez pas ce que vous cherchez ? Contactez-nous.
Le SEO positionne une marque dans Google. Le GEO (Generative Engine Optimization) positionne une marque dans les IA : ChatGPT, Gemini, Perplexity. Les leviers sont similaires (technique, contenu, autorité), mais l'enjeu est différent : dans une IA, il n'y a pas de liste de résultats, une seule réponse est fournie.
Tapez une question que se pose votre prospect cible dans ChatGPT ou Gemini. Regardez qui apparaît, ce qui est dit, et si c'est exact. C'est gratuit, immédiat, et révélateur. Beaucoup de marques découvrent des informations erronées ou l'absence totale de leur nom dans les réponses.
Construire de façon modulaire pour pouvoir changer d'outil sans tout reconstruire. Segmenter les accès par niveau de besoin. Anticiper les hausses tarifaires des éditeurs, qui peuvent multiplier les coûts sans préavis.
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Rédigé par
Anaïs Torres
Responsable Éditorial et SEO
Spécialiste SEO et stratégie de contenu, Anaïs pilote la visibilité organique des clients Digital Passengers et orchestre les plans éditoriaux orientés performance.


